MOI, Daniel Blake (Ken Loach)

Publié le par CERISETTE

MOI, Daniel Blake (Ken Loach)

Mais oui, c’est bien la palme d’or du festival de Cannes 2016. Donc je ne vais pas ajouter du commentaire aux commentaires déjà écrits lors de la remise du prix et lors de la sortie en salles le 10 novembre.
Je constate juste qu’après seulement 3 semaines le film n’est plus diffusé que dans les petites salles et qu’il est presque devenu confidentiel.

Or, c’est un chef d’œuvre, extrêmement bien construit, bien interprété, sans emphase ni manichéisme.

Je sais que, dans la situation actuelle, on a plutôt envie de voir des spectacles drôles pour « se changer les idées ».

Comme dirait un de mes amis, le problème avec la technique de l’autruche, c’est que c’est la tête qu’elle enfouit dans le sable.

Ce qui ne l’empêche pas de montrer son derrière…Oui, j’ai l’humour d'un char d’assaut parfois, mais c’est pour notre bien commun, croyez-moi mes gentils agneaux, mes ami-e-s, mes potes.

Comment peut-on se désoler, faire des prêchi-prêcha, sermonner, ou même s’amuser alors que le danger est bien là, même pas en embuscade, à notre porte, à quelques mois de nous ?

Le modèle de société qui est dépeinte dans ce film , c’est bien ce que nous voulons, pour nous, pour nos enfants? C’est mieux de supprimer le code du travail (temps de travail maxi applicable de 48 h par semaine), la sécurité sociale, l’assurance maladie, que de payer des fonctionnaires ? Faut-il tout libéraliser et confier les services sociaux à une entreprise privée (une assurance, par exemple, comment elle s’appelle déjà la boite du copain de F…n ? AXA ?). N’y a-t-il pas quelques inconvénients à se diriger, en toute bonne conscience, vers ce dont on n’a jamais voulu en France, une société influencée directement par une église ? (Pourquoi faudrait-il se poser encore des questions sur l’avortement ? Est-ce que ça regarde quelqu’un d’autre que moi ce que je fais de mon corps librement ?).

A moins qu’on se dise, « je m’en fiche, je ne suis pas concerné-e ? ». Parfaite illustration de la grande solidarité qui nous anime, nous les cathos, les bien pensants, les charitables, les parfaits français ?

Je me mets dans le panier catho, mais j’ai de toutes les couleurs autour de moi : athéisme, protestantisme, judaïsme, musulmanisme (je sais que le mot n’existe pas, je l’ai créé, mais je voulais dire aussi pas d’islamisme, du moins, pas à ma connaissance), optimisme, défaitisme, pessimisme, illusionisme (je connais des magiciens, des vrais), royalisme, marxisme, communisme, anarchisme, nudisme, cynisme, sadisme….

Vous avez compris, je ne suis pas sectaire,….sauf en ce qui concerne le sectarisme , défaut qui fait plus que de me démanger, mais qui pourrait bien me conduire à (mal) agir.

Il y en a un autre que je n’aime pas : prosélytisme, je l’ai déjà écrit, et je ne vous demande pas non plus d‘adhérer à ce que je dis, je vous propose de réfléchir avec moi.

Aucun de ceux qui sont autour de moi n’a envie de mourir, de ça j’en suis certaine. Le bonheur c’est d’abord ici et maintenant.

Allez, je reviens à mon sujet.

Daniel Blake a perdu son travail à cause d’une attaque cardiaque.

Dès le début du film on comprend qu’il va se heurter à un tas de sociétés, PRIVEES, sous contrat avec l’Etat anglais et qui sont chargées de gérer l’assurance sociale.

Et voilà ce que ça donne :

« Pouvez-vous lever le bras pour poser un chapeau sur votre tête ? Pouvez-vous tenir votre fourchette ? Pouvez-vous prendre les transports en commun ? … »

Quand Daniel répond : « mais qu’est-ce que ces questions ont à faire avec une attaque cardiaque ? », on lui répond sèchement qu’il doit se conformer au questionnaire. Lequel conduit à un calcul de points, qui montre qu’il n’y a pas lieu de l’indemniser pour invalidité.

Et je vais vous éclairer, ce n’est pas Kafka, non, c’est bien pire. On a formaté les enquêteurs sociaux à travailler comme des robots et à traiter les gens dans la misère selon des PROCEDURES. Le « decision maker » est un être inconnu, peut-être même seulement un ordinateur qui oblige ce vieux monsieur, Daniel Blake, à retourner au travail, non, pardon, à être demandeur d’emploi, alors que justement il y a plus de 100 demandeurs pour chaque offre d’emploi (et je rappelle qu’on est au Royaume Uni, où le taux de chômage est très bas et où le marché du travail est si libéralisé qu’il existe des contrats zéro heures. Ce n’est donc pas une question de rigidité du Code du travail, ou de coût, ou de temps, non ?).

Daniel Blake, à près de 60 ans, est  confronté au libéralisme le plus policé, le mieux pensant de la terre (il n’y a pas de société plus polie que la société anglaise, où on garde son sang-froid, et où on met les formes…..et beaucoup d’indifférence dans les relations sociales et professionnelles).

Il faut voir comment les pauvres écopent de sanctions, à la moindre occasion : « Comment, vous n’avez pas prouvé que vous avez passé 35 heures par semaine à rechercher un emploi ? (Inexistant l’emploi, je le rappelle) ? vous allez être sanctionné : on va suspendre votre allocation pour 3 semaines, la prochaine fois ce sera 8 semaines…et enfin, vous risquez d’être radié… »

Le formulaire n’existe que sur Internet, et il faut absolument que des gros doigts de Daniel qui est un menuisier très habile et minutieux mais incapable de faire glisser la souris…arrivent à remplir les cases ineptes d’un ènième document. Il faut que ce pauvre homme se transforme d’un seul coup en Steeve Job, parce que le papier doit évidemment être transmis par défaut en numérique, sauf si on n’a pas de mains…et encore..je me demande.

Il faut rédiger un CV, alors que Daniel ne doit plus reprendre le travail, et pour ça, il faut suivre un cours de CV, où on apprend à tous ces pauvres gens qui n’en peuvent plus qu’il faut savoir « se démarquer » les uns des autres !

A nous tous qui nous félicitons d’être de bons….humanistes, réfléchissons un peu à ce qui va nous tomber sur la tête. Voulons-nous d’une société sans ce qu’on nomme la FRATERNITE ?

MOI, Daniel Blake (Ken Loach)
MOI, Daniel Blake (Ken Loach)

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Claire-Marie 05/12/2016 21:44

D'accord, le système économique mondialisé rend les riches de plus en plus riches mais pas les pauvres de plus en plus pauvres. Il a permis une évolution des conditions de vie dans nombre de pays. Le partage ne s'arrête pas aux frontières de la France. Prenons garde à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Néanmoins, je te l'accorde, en France nos enfants ont moins de perspectives que n'en avaient nos parents, c'est un fait souligné (études de l'insee).
Oui, le film dont tu fais l'éloge évoque une certaine forme de misère sociale qu'il faut dénoncer, mais qu'est ce que cela représente quand le droit à la vie (pour les petites filles) n'est pas reconnu dans tout les pays ou l'esclavage humain est monnaie courante ?
Je ne pense pas que l'art ne sert à rien, bien au contraire... "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir " moi aussi j'ai lu La Fontaine sur lequel tu reposes ton argumentaire, tu vois Le Contrat Social n'est pas loin...
Sur cette thématique de la prison c'est encore Victor Hugo que je préfère suivre ... "Ouvrez les écoles, vous fermerez les prisons".
En définitive, plus que les acquis, c'est vers l'enfance et l'éducation que je vois le salut, en France, 620 000 entre 18 et 24 ans sortent du système scolaire sans diplôme. En Ouganda, un tribunal a ordonné la fermeture d'un réseau américain d'une soixantaine d'écoles privées low cost enseignant dans ce pays, et financé notamment par le co-fondateur de Microsoft Bill Gates et le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg.
Tu vois, il y a des riches qui comprennent ou sont les enjeux d'avenir.

Claire-Marie 04/12/2016 20:14

Alors que le monde court après l'argent au prix de la liberté, voilà une critique cinglante de la dérive du profit. Rien de nouveau sous le soleil... Rousseau écrivait dans le Contrat Social : "Le riche tient la Loi dans sa bourse, et le pauvre aime mieux du pain que la liberté". De quelle solidarité parles-tu quand le ventre est vide ?
Il y a un renoncement plus qu'un désintérêt, le citoyen ne trouve pas de solution dans l'offre politique et filmer la misère a bien moins de poids qu'une phrase dite à HEC devant un parterre de patron... Ne faut-il pas s'interroger sur l'abstention ?
Oui, le discours "humaniste" résonne et mérite la palme d'or mais la difficulté est de proposer pas de constater.
Personne n'est pourri dans l'âme (individuellement et encore ... voir "le jeu de la mort") mais dès qu'il s'agit de choix sociaux et sociétaux c'est une autre histoire.
La fraternité ? à quel titre ? Quand la misère est à nos portes, qui l'ouvre ?

CERISETTE 04/12/2016 23:13

Merci beaucoup pour ce commentaire. On peut cyniquement en effet renoncer à la solidarité au motif que le ventre est vide est c'est probablement ce qui se passe entre les individus. Mais ce n'est pas la même chose au niveau macro-économique: nous vivons dans un pays où il y a quelques très riches qui se gardent de partager quoi que ce soit et accumulent des richesses qu'ils ne sauront même ré-investir, quand ils devraient au contraire contribuer à améliorer la société qui leur a permis de tant amasser. C'est au moins de cela qu'il faut parler. Le pauvre aime aussi la liberté, et Rousseau n'avait pas raison sur ce sujet: la prison extermine les gens surtout quand elle frappe de manière inique, plus fortement ceux qui n'ont rien que ceux qui savent et peuvent se défendre. Et c'est toi qui pense que l'art ne sert à rien et que filmer la misère est sans intérêt. Sur la question de l'abstention, je partage. Mais c'est encore un autre sujet. je m'adressais à celles et ceux qui avaient le ventre bien plein et néanmoins choisi d'aller voter pour une certaine droite...

sylvie Lombart 04/12/2016 18:03

oups j'ai un peu de retard dans ma lecture.. mais bon il n'y a rien à corriger, je suis d'accord avec ton écrit ^^

CERISETTE 04/12/2016 18:05

merci de ce commentaire, je suis très heureuse que tu lises ce que j'écris , ma cop!