Motel Paradise de Eric McCormack (Bourgois)

Publié le par CERISETTE

Tout ceux à qui j’ai parlé de cet auteur le confondent avec Cormack McCarty, l’écrivain américain qui a écrit « La Route » et qui est 100 000 fois plus connu que Eric McCormarck.

Mais moi je préfère ce dernier et de loin, non seulement parce que j’ai le goût pour les écrivains rares (à ma connaissance et alors qu’il a -déjà- 78 ans, il n’a écrit « que » cinq livres et j’en ai lu 4) mais aussi parce que je partage cette vision si particulière de la littérature vraiment fantastique, non je devrais dire « phantasmatique ».

Éric McCormack est né en Ecosse, et je ne peux pas le passer sous silence tellement ses histoires relèvent d’histoires à faire peur, peuplées de vrais personnages, qui dérivent tous vers des spectres, des créatures de cauchemars. (« Nightmare » en anglais, j’adore ce mot : littéralement « la jument de la nuit », c’est involontaire mais c’est tellement en soi un cauchemar que cette jument que j’entends galoper au loin…que je ne peux pas m’empêcher d’y penser).

Bon, Eric McCormack vit depuis 1966 en Ontario (Canada), mais ses cauchemars sont restés écossais, et je les retrouve sinueusement dans tous ses livres. Plutôt que fantastiques, qui risque d’être mal compris, je dirais que ses livres se présentent comme des romans policiers. Le suspense est très puissant, haletant même, et il n’y a pas de policiers mais on sait depuis le début que l’histoire sera bien plus qu’une histoire, qu’elle sera une énigme, celle de la vie, celle de la mort, celle de l’aventure, de la solitude, de l’amour, bref qu’elle contiendra un mystère essentiel.

Celui-ci est l’un de ses premiers romans et on pourrait parler de nouvelles, reliées entre elles par une trame puissante quoi qu’équivoque, et par un récit unique, une enquête.

Le narrateur a recueilli, de son grand père mourant, un témoignage sur un horrible assassinat (celui qui a été perpétré par un chirurgien sur sa femme, et qui s’accompagne de tentatives mutilantes sur les enfants ). Ce témoignage, encastré dans un récit, raconté une fois de plus (l’histoire en abyme est sertie comme un bijou), devient la piste d’une recherche hasardeuse à travers des lieux magiques qui sont souvent repris par Eric McCormack (notamment la forêt amazonienne) dans « L’épouse hollandaise », et « Le nuage d’obsidienne »).

« Il semble que l’on sache, en son for intérieur, que tout ce que l’on ne dit pas est capital. Et que presque tout ce que l’on dit n’est que du camouflage, une armure, ou peut-être un bandage qui protège une blessure. »

Comment ne pas se retrouver, en compagnie du narrateur, à l’Institut des Etres perdus, chargé de redonner une identité à celles et ceux qui l’ont oubliée ou qui veulent en changer ?

Et peut-être que moi aussi j’ai croisé sur une île des Tropiques, un vieil homme déglingué, marqué d’un triangle noir à l’œil, un ancien boxeur dramatiquement cultivé, au moment où je m’y attendais le moins, en faisant mon jogging, et qu’il m’a justement livré une des clefs de l’énigme ?

Auteur à découvrir donc, qui tient un peu de Borges, un peu de Cortázar, et presqu’un peu de Maupassant.

Publié dans Litterature

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sylvie Lombart 16/11/2016 16:56

et bien merci Odile pour cet article "motel paradise" et surtout merci à toi de m'avoir fait découvrir cet auteur avec "l'épouse hollandaise"